Petites violences quotidiennes

Le 24 Novembre est la journée de la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, dans un contexte très difficile, c’est passé plus inaperçu.

En même temps, mise à part une infographie qui te donne une masse de chiffres, un reportage de 2’30 qui te fout les boules et un téléfilm qui te fait pleurer, ça ne va pas plus loin. Toi, tu as tes problèmes, ton quotidien, tu passes vite à autre chose.

Violence physique, violence psychologique. Autant dévastateur, aussi pervers.

Accepter le premier coup. Etre éberluée. Se dire que ce n’est pas possible. Que ce n’est pas toi allongée, l’oreille qui siffle. Que ton cœur va exploser à battre si vite de peur.

Quand on est à l’extérieur, on se dit que forcément on réagit, on se défend. Alors oui il y a eu appel à la gendarmerie : audition, confrontation, sécurisation. Tout va très vite. Tu as honte, tu as peur, tu veux minimiser. Tu écoutes, mais tu ne veux pas admettre ce que tu entends. Parce qu’avant d’en arriver au coup de poing, il y a 9 mois d’injures au quotidien. Un bourreau sait trouver sa victime, reconnait ses failles, s’y immisce et là il te tient. J’entendais des injures qui ne me paraissaient pas si absurde. C’est vrai que j’étais grosse, ça devait être vraie que j’étais conne et oui en fait, je l’avais bien cherché puisque j’avais initié la relation. A ce moment là, on est complètement sous la coupe de l’être qui te veut du mal. Mais qui manie la tendresse. Ce travail de sape te laisse désarmée et t’amène à un degré supérieur de violence.

J’y suis retournée. Plus de coups physiques, mais des violences psychologiques quotidiennes. Injures, menaces, manipulation. Aller au travail la boule au ventre, s’angoisser quand le téléphone sonne, se cacher pour sortir avec ses amies. L’entourage essaie de te raisonner, mais ne voit pas souvent ce qu’il en est vraiment. T’as honte, tu le dis pas.

Puis un jour tu te dis que tu vas crever si tu restes. Tu pars en sautant dans l’inconnu. Tu perds tout ton entourage. Un vide immense s’installe. Tu as toujours tes réflexes de peur. Il faut de long mois pour que cela disparaisse. Plusieurs années pour les dommages psychologiques. Et toujours cette question obsédante : comment j’ai pu accepter ça. Ne pas pouvoir se le pardonner.

Puis on trouve le courage de vouloir se réparer. Certains reconstruisent une histoire saine, d’autres (moi) ont besoin de comprendre comment on en est arrivé là. Comment ne plus attirer de prédateurs.

Accepter, se pardonner, se reconstruire, avancer.

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3 réflexions sur “Petites violences quotidiennes

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